Histoire du vin

Depuis la nuit des temps, on cultive la vigne et on boit du vin. Déjà chez les Grecs et les Romains, les vins jouissaient d'une grande renommée. Si les Grecs ont amené de nouveaux cépages, c'est bien l'occupation romaine qui a permis à la vigne de s'étendre dans tout le pays.

Au début du Moyen-âge, l'expansion du Christianisme a largement favorisé celle de la vigne et c'est à l'Eglise que l'on doit la continuité de sa culture. Chaque monastère avait sa vigne et récoltait son vin. Par la suite, la Révolution a complètement démantelé le vignoble français qui appartenait essentiellement aux seigneurs et aux communautés religieuses.

Faits marquants

Au cours du XIXe siècle, deux faits nouveaux bouleversent la production vinicole : la création du chemin de fer qui facilite le commerce du vin, et l'apparition du phylloxéra, minuscule puceron, qui ravage tous les vignobles d'Europe.

On découvre le remède à ce fléau en greffant des plants américains sur des cépages européens. Par la suite, le savant Louis Pasteur se passionne pour l'étude du vin, ouvrant ainsi la voie à l'oenologie moderne.

Création du classement officiel 1855

En 1855, Napoléon III créa à l'occasion de l'exposition universelle le premier classement des domaines du Bordelais. Les domaines furent classifiés de 1 à 5 suivants différents critères dont le prix des vins, l'architecture des châteaux et la beauté des lieux. Depuis, ce classement n'a été actualisé qu'une seule et unique fois, en 1973, pour y faire entrer Château Mouton Rothschild.

Depuis l'Antiquité, les plus grands vins ont été les compagnons de vie et de plaisir de monarques et d'empereurs, de tsars et de reines. Voici comment les corton, petrus, tokaj et autres crus mythiques ont irrigué le cours de l'histoire de l'humanité.

La naissance du vin se perd dans l'histoire de l'humanité. Qui fut le premier homme à vinifier des raisins ? Cela demeure une inconnue. Mais des indices existent. Poussières de mémoire sauvées de l'oubli par des archéologues scrupuleux. Pépins fermentés, vieux de 9000 ans retrouvés au milieu des ruines d'un village néolithique du Sud-est de la Turquie. C'est bien peu mais un monde s'ouvre, des histoires naissent, des mythes et des dieux font leur apparition.

Le vin peut bien être né sur la montagne où Noé fit échouer son arche, près du Mont Ararat. Qu'importe, pourvu qu'il y ait l'imaginaire. Le vin se confond avec la grande histoire et les religions. 11 côtoie les puissants ; les inspire au point d'apparaître en coulisse ou sur le devant de la scène. Voici huit tableaux dans lesquels le vin fait corps à corps avec l'histoire.

I. Homère, Ulysse, Dionysos et Columelle

Sans la Méditerranée et les Grecs, le vin n'aurait pas connu un développement aussi rapide. L'historien Thucydide, au V siècle avant J.-C. l'affirme déjà : "Les peuples méditerranéens commencèrent de sortir de la barbarie lorsqu'ils apprirent à cultiver l'olivier et la vigne". Les Grecs ont donc joué un rôle majeur dans la propagation de la culture de la vigne, vers les côtes italiennes et françaises, comme en Asie Mineure. Un savoir qu'ils ont hérité des Égyptiens. Homère, dans L'Iliade et L'Odyssée, détaille certains crus appréciés des Mycéniens. Son héros Ulysse n'hésite pas, lorsqu'il combat Polyphème le cyclope, sur les côtes de Sicile, à le vaincre en le soulant avec un vin rouge capiteux d'Imaros, en Thrace. Ulysse, dont le père, Laërte, est si fier de posséder 50 rangs de vignes, toutes de cépages différents et produisant du raisin du début de l'été à la fin de l'automne.
Au-delà de sa dimension mercantile et hédoniste, le vin recèle alors une importante dimension cultuelle. Il est représenté dans la mythologie par Dionysos (Bacchus chez les Romains) que les Grecs célèbrent au travers à Grandes Dionysiaques, fêtes au cours desquelles l'on sacrifie en quantité des boeufs où l'on boit jusqu'à la lie. Une autre fête en l'honneur de Dionysos a lieu en février : elle célèbre le vin nouveau.
Mais les Grecs sont surtout aussi à l'origine de la culture de la vigne en Italie et en Gaule par les Phocéens, venus s'installer sur les rives de Méditerranée où ils ont fondé la future Marseille. S'ils développent la culture du vin dans la vallée du Rhône, jusqu'à la Seine, les Romains jouent un autre rôle, tout aussi important. C'est à eux que l'on doit les meilleurs traités sur la culture de la vigne, sur les techniques de fermentation et d'aromatisation des vins durant cette période. Des auteurs comme Pline et surtout Columelle, contemporain Sénèque, livrent les plus précieux témoignages.
Dans le De Re Rustica de Columelle, est enseignée une chose essentielle : la suprématie des grands terroirs. Columelle décrit les caractéristiques des vins les plus fins : une alliance en terroir, cépage et climat, tous trois unifiés par génie humain. Le grand agronome désigne également les meilleurs vins de l'époque, comme ceux de Falerne (Campanie) qui se vendaient déjà une fortune et étaient servis à la cour des empereurs romains.

II. Le Corton de Charlemagne

Quelques siècles plus tard, un roi des Francs sera piqué de curiosité pour le fruit de la vigne. Charlemagne, grand amateur de vins de qualité, exige de ses régisseurs l'application de techniques et méthodes innovantes à la vigne comme dans les chais afin de produire les meilleurs crus. L'empereur à la barbe fleurie arpente son royaume, visitant sans relâche ses 300 comtés dont il aimait tant le jus. Aujourd'hui, chaque région viticole peut se prévaloir d'avoir bénéficié de ses faveurs. À Fronsac, il fait construire en 769 une forteresse dominant la Dordogne pour se protéger des ennemis. En Touraine, il boit les vins de la région, lorsqu'il rend visite à son fidèle ministre Alcuin, abbé de Saint-Martin-de-Tours.
Mais c'est sur la colline de Corton au nord de la côte de Beaune, que l'empereur, appose magistralement son empreinte. Il a fait planter une vigne pour y produire un vin blanc qui devait lui éviter de se tacher. En réalité, la production de vins blancs revêtait sans doute un caractère beaucoup plus politique. Très prisés des Anglais et des Germains, ces vins blancs de Bourgogne ont joué un rôle important dans la diplomatie avec les monarques voisins.
En 775, Charlemagne cède ses vignes de Corton à l'abbaye de Saulieu, dont les moines ont tiré la quintessence, perpétuant ainsi la notion d'excellence de ce grand cru qui toujours le nom de l'empereur.

III. La dégustation de Philippe Auguste

Un autre roi France a apposé son nom à la viticulture, de manière poétique et l'entremise d'Henri d'Andeli, un poète normand sensible à son bon roi. Une bataille lyrique, une dégustation historique racontée dans un long poème de 224 vers. Composés en langue d'oïl, ils narrent l'histoire d'un événement étonnant, inscrit depuis dans la grande histoire de la viticulture. En l'occurrence, une dégustation des meilleurs vins d'Europe demandée par le roi lui-même Philippe Auguste rois qui énonce la deuxième strophe.
Les messagers s'en vont alors quérir les meilleurs vins produits au sein du Royaume et des vignobles voisins. Des crus de La Rochelle, de Chypre, de Saint-Émilion, de Milan, de Parme, d'Orléans, d'Hautvillers et d'Epernay, d'Anjou et de Samous, de Sancerre et d'Auxerre, de Beaune et de Chablis, d'Alsace et de Moselle, d'Espagne et de Narbonne, de Carcassonne et de Provence. Des dizaines de vins dégustés, commentés et jugés par un homme impartial, un homme d'église, en réalité un prêtre anglais qui n'hésite pas à excommunier les vins mauvais.
Mais voici qu'après l'énumération des crus et leur critique, ceux-ci prennent vie et débattent entre eux devant un roi témoin et buveur. Comme si l'ivresse prenait corps au fil des vers et des verres "Primo parla vin d'Argenteuil".
À la fin de cette pittoresque dégustation, le roi couronne les bons vins. Celui de Chypre devint le pape. Car, selon le prêtre, il resplendit comme une étoile. Et les bons vins furent vantés pour leurs qualités thérapeutiques : "Qui aurait un vin nommé ici / À prix d'or ou d'argent / Servi sur sa table ou à dîner / S'en verrais bien arrangé / jamais maladie il n'aurait / Jusqu'au jour où il mourrait...".

IV. Philippe le Hardi : à la gloire du Pinot

A n'importe quelle époque, les souverains attachèrent toujours une grande importance à la production de grand vin, notamment en Bourgogne. Plusieurs faits marquants ont tracé, pour des siècles, le destin de la viticulture. Comme en 581, lorsque Gontran, roi des Burgondes, donne ses vignobles de Dijon au monastère de Saint-Bénigne et à sa congrégation de moines, il ne sait pas que, par ce geste, il vient de sceller le destin du vignoble bourguignon à celui des religieux. Dès lors, les abbayes de Cluny (909), en Mâconnais et de Cîteaux (1098) en Côte-d'Or, en Chalonnais et dans l'Chablisien, et beaucoup d autres fondations n'auront de cesse de faire progresser la culture de la vigne. Au sein de ces entités religieuses pérennes au coeur d'un Moyen Âge en constante évolution, les moines se transmettent au fil des générations un savoir-faire inestimable. Ils identifient les meilleurs terroirs, les cépages les mieux adaptés. C'est ainsi que la plupart des appellations actuelles sont déjà connues et délimitées à cette période. Aucun vignoble au monde n'obéit à des règles aussi anciennes et aussi rigoureuses. Le clos de Bèze est fondé en 640. A Auxerre (Yonne), le clos de la Chaînette est plus ancien encore. Le clos de Vougeot, en côte de Nuits est créé en 1115 et le clos de Tart en 1140. C'est dans ce contexte d'officialisation que les Cisterciens de Pontigny (Yonne) créent le vignoble de Chablis. À partir du IV siècle, jusqu'au XV siècle, le vin de Bourgogne acquiert une qualité reconnue par l'ensemble du monde chrétien.
En 1395, Philippe le Hardi, dans une ordonnance historique, met en place une véritable politique vitivinicole qui oriente définitivement le vignoble bourguignon vers une production de qualité. Cette ordonnance répudie le gamay au profit du pinot noir et par la même instaure une forme de "fracture sociale viticole". Dés cette époque, le pinot devient le cépage des grands vins qui peuvent voyager donc s'exporter. Il s'impose comme le cépage des puissants alors que le gamay reste celui des paysans qui le cultivent pour son rendement et sa capacité à produire des vins de consommation courante vendus localement. Le gamay se voit alors progressivement relégué aux territoires moins prestigieux, hors de Bourgogne, et devient alors le cépage majeur du Beaujolais, territoire limite du duché de Bourgogne.
Au fil des siècles, la réputation des vins de Bourgogne ne cesse de grandir au point qu'il est prescrit à Louis XIV (1693), comme vin de régime, par Fagon, son médecin. Au début du XVIII siècle, le commerce moderne se développe. Les premiers négociants éleveurs, très présents outre-Rhin, font leur apparition à Beaune. Enfin, les bourgeois et parlementaires investissent dans le vignoble et succèdent à des monastères en déclin. C'est ainsi qu'en 1760, Louis-François de Bourbon, prince de Conti acquiert l'un des petits clos de l'abbaye de Saint-Vivant à Vosne, La Romanée, avant d'en être dépouillé, en 1789. Les crus, devenus des biens nationaux, sont mis aux enchères et tombent entre les mains des bourgeois bourguignons. C'est alors seulement que la Romanée devient Romanée-Conti, bien que le prince n'en soit plus le propriétaire.

V. Tokaj, le vin mythique des empereurs austro-hongrois

Au sud du massif des Carpates, il est un vin qui a fait tourner bien des têtes couronnées et dont les origines se confondent avec l'histoire tumultueuse de cette région de Hongrie. Si la date de naissance de ce vin d'exception demeure mystérieuse, une légende tenace raconte qu'au début du XVII siècle, dans ce vignoble produisant des vins secs puissants, une invasion turque aurait retardé les vendanges, laissant le raisin pourrir sur pied jusqu'à la fin de l'automne. Une pourriture noble qui n'a pas détérioré les qualités organoleptiques du raisin et qui a révélé aux vignerons des vins très concentrés en sucre, liquoreux et aux arômes voluptueux. Au fil des millésimes, la technique d'élaboration se perfectionne. Les raisins chargés de pourriture noble sont versés dans de grands bacs à fond percé. Le poids de la vendange engendrait un pressurage naturel qui libérait le jus le plus concentré en sucre. Une liqueur comparable au miel, tant par l'aspect que par la couleur. Baptisée "essenczia", elle se révèle si concentrée qu'elle ne fermente que difficilement et ne titre que 1 à 12 degré d'alcool.
C'est ce divin nectar que les têtes couronnées d'Europe centrale s'arrachent à prix d'or. Pierre le Grand en Russie, Frédéric Ier en Prusse sont des inconditionnels, même Louis XIV, le découvrant, s'émerveille du breuvage. Mais les Habsbourg, rois de Hongrie, se sont s'approprié les meilleurs terroirs et préservent jalousement ce trésor qu'ils considèrent comme le vin le plus remarquable de leur empire. Toutefois, si l'essenczia est réservé à une poignée de privilégiés, le reste de la récolte est ensuite vendangé séparément afin de produire un autre vin liquoreux bien moins onctueux, appelé l'aszu.
À partir du milieu du XIX siècle, apparaît le tokaj impérial destiné à la table des empereurs austro-hongrois. Il s'agit de l'aszu additionné à une proportion plus ou moins variable d'essenczia. Cette technique d'assemblage est aujourd'hui toujours employée pour définir les différentes qualités de tokaj, à la différence près que l'aszu est remplacé par du vin normal du millésime précédent. Pour 140 litres de vin, on ajoute 30 litres d'essenczia, soit l'équivalent d un puttonyos et les proportions varient en fonction de la qualité voulue. Ainsi le tokaj est-il évalué en fonction du nombre de puttonyos entrant dans l'assemblage, avec un maximum de six.
Jusqu'au milieu du XX sièc1e, la Hongrie bénéficie d'une grande tradition viticole, mais l'invasion soviétique en 1956 et son régime communiste ont eu un effet destructeur pour le vignoble. Une grande partie de cet héritage a disparu. Heureusement, dès 1992, après la chute du régime, l'État hongrois privatise les terres, donc les vignobles. Dès lors de très grands vignerons, à l'instar du bordelais Jean-Michel Cazes, passionnés par l'histoire du tokaj, investissent massivement sur place pour redonner au cru son rang dans patrimoine viticole mondial.

VI. Le Constantia de Napoléon

L'histoire commence en 1679, lorsque, Simon Van der Stel est nommé commandant de la colonie du Cap (Afrique du Sud) pour le compte de la Compagnie hollandaise des Indes. Orientales. À la différence de ses prédécesseurs, il décide d'implanter sa colonie en retrait de la côte, à Stellenbosch. Dans cette vallée boisée, un domaine aussi vaste que la ville d'Amsterdam lui est attribué. Il la baptise Constantia, du nom d'un navire sur lequel il a navigué. Il dessine des avenues, fait planter des arbres et ainsi qu'un vignoble qu'il voulait de haute qualité. Il s'appuie d'ailleurs sur les connaissances de vignerons français qui lui apportent un cépage qui allait faire la renommée de ce vin mythique, le muscat de Frontignan. Son vignoble se développe très rapidement, au point qu'au tout début du XVIII siècle, le vin de Constantia était le plus renommé du Cap. Sur ses terres, Van der Stel produit à la fois du rouge, du blanc et un vin liquoreux qui fait la renommé du domaine.
Malheureusement, à la mort de Van der Stel, en 1712, le domaine est divisé en trois, dont deux produisent du vin : Groot Constantia et Klein Constantia, le plus réputé des deux domaines. Dès 1733 toutefois, le propriétaire de : Constantia rachète Groot et réunifie l'ensemble du vignoble créé par Van der Stel, avant de mourir lui-même dix ans plus tard.
Le vignoble change de nouveau de propriétaire sans cesser d'observer le culte du perfectionnisme viticole. Car le secret de ce grand cru tient dans le soin apporté aussi bien à la vigne qu'au chai dans l'élaboration des vins. Les témoignages sont nombreux qui évoquent l'incroyable propreté des barriques, des cuves et des pressoirs. Dans les vignes, des esclaves étaient employés chaque jour pour chasser le moindre insecte se posant sur les vignes, afin d'éviter toute maladie.
Au tournant des XVIII et XIX siècles, le vin de Constantia est connu dans le monde entier et recherché à prix d'or. Napoléon en boit à Sainte-Hélène et Louis-Philippe en est un amateur fidèle. Les Dumas, Jane Austen ou Charles Dickens y font référence dans leurs textes. Et Baudelaire, de passage à Constantia, le cite au détour d'un vers dans le poème Sed non Satiata extrait des Fleurs du Mal (1857).
Mais le conflit avec les Anglais qui prennent possession du Cap en 1795, puis en 1806 et 1814, fait peu à péricliter le vignoble sud-africain. Enfin, l'oïdium et le phylloxera ont mis fin, au cours des années 1860, au mythe de Constantia. Depuis une vingtaine d'années, les vignobles de Klein Constantia et Groot Constantia renaissent de leurs cendres, sans toutefois pouvoir incarner pleinement le mythe dont ils héritent

VII. Le Cristal D'Alexandre III

Au XIX sièc1e, la prospérité grandissante des vignerons de Champagne est liée à leur talent de voyageurs de commerce. Ainsi, ils n'hésitent pas à traverser l'Atlantique et toute l'Europe pour faire déguster leur vin de fête à toutes les personnalités de l'époque. Louis Roederer, qui a repris l'affaire de son oncle en 1833, développe les ventes de sa maison grâce à son frère Eugène, et à Hugues kraft, un voyageur de commerce polyglotte. Les ventes passent ainsi en quelques décennies de 100 000 bouteilles de champagne à 700 000. Avant d'atteindre sous la direction de son fils, Louis Roederer 2 500 000 bouteilles en 1872. Soit un dixième de la production de champagne.
Dès le milieu du XIX sièc1e, Louis Roederer conquiert des marchés en Europe de l'Est et du Nord. Ses vins sont servis en Allemagne, en Hongrie, en Suède, mais surtout en Russie. Le tsar Alexandre III est un grand amateur des vins de Champagne de la maison Roederer. À tel point qu'il lui commande une cuvée spéciale et envoie à cet effet son maître de chai à Reims. En 1876, Louis Roederer s'inquiète d'apprendre que rien ne distingue sa prestigieuse cuvée des autres vins servis à table du tsar. Celui-ci, trouvant que les bouteilles de vins ne sont pas assez stylées pour êtres posées ainsi sur la table, impose que les bouteilles soient emmaillotées d'un linge blanc. C'est alors que la maison fait appel à un verrier flamand pour élaborer une bouteille en cristal, non teintée, à fond plat et revêtue des armoiries impériales du tsar. Ainsi naît la fameuse cuvée de prestige Cristal de Roederer.
Quelques années plus tard, sous le règne de Nicolas II, le dernier tsar de toutes les Russies, la maison Louis Roederer est accréditée "Fournisseur officiel de la Cour Impériale de Russie". En en 1894, dès son accession au pouvoir, Nicolas Alexandrovitch fera construire une cave gigantesque à Massandra, en Crimée pour alimenter sa résidence d'été de Livadia, près de Yalta. Aujourd'hui encore, elle est considérée comme la plus belle cave du monde. Vingt et un tunnels de 150 mètres ont été creusés sur trois niveaux. L'Armée rouge découvre la collection impériale en 1920 et Staline la confie à la famille Yegorov. En 1941, lors de l'invasion de la Crimée par les Nazis, les vins sont cachés en différents lieux. Plus d'un million de bouteilles, dont la plus ancienne date de 1775, ont été dispersées dans les profondeurs de la terre de la province. La délicatesse de Nicolas II en matière de vin était exemplaire. Ce dernier a fait servir au président français Emile Loubet, lors de sa venue en Russie en 1902, un Hermitage rouge. En apprenant de la bouche impériale que la cour de Russie en achetait depuis 250 ans, le président, né à Marsanne (Drôme), non loin de Tain, en a été très ému...

VIII. Le Petrus d'Elizabeth II, ou le Paradis de Marie-Louise

S'il est un cru mythique, à la fois intemporel et pleinement ancré dans le XX siècle, ce ne peut être que Petrus. Le plus moderne des pomerols, le plus sensuel des Bordeaux, le plus célèbre des vins au monde, le seul cru de Bordeaux à ne pas se caractériser par les mots "châteaux" ou "domaine". Un nom qui rappelle étrangement un personnage antique. Une consonance qui lui offre cette dimension intemporelle. Pourtant, avant la Seconde Guerre mondiale, Petrus n'est qu'un petit cru de dix hectares comme les autres, au coeur d'une anonyme appellation de Pomerol, à deux parcelles des premiers crus classés de Saint-Emilion, beaucoup plus réputés. Il a fallu la ténacité et le culot de sa propriétaire et un joli concours de circonstances pour installer Petrus au firmament, en quelques années. Un conte de fée en quelque sorte.
Lorsque Marie-Louise Loubat commence à acheter quelques arpents de vignes à Pomerol, les vins ne connaissent pas la fortune qui est la leur aujourd'hui. Leur revenu est loin de nourrir son homme. Durant cette décennie, Marie-Louise Loubat rachète également à la famille Arnaud un autre cru, Petrus, du nom du lieu-dit où se trouvent les parcelles, point culminant du plateau de Pomerol. Dès les premières dégustations, elle considère ce vin comme bien supérieur à ses voisins. Petrus est situé exactement sur un terroir d'argiles gonflantes, extrêmement rare et que l'on ne rencontre nul par ailleurs dans le vignoble. Une argile qui se marie à merveille avec le cépage merlot. Les deux réunis révèlent un vin ample, rond, très sensuel et gourmand. Malheureusement, bien que le vin se révèle excellent et que Marie-Louise Loubat poursuive ses efforts qualitatifs, son Petrus ne se vend pas aussi bien que les meilleurs crus de Saint-Emilion. Et ce, malgré l'aide apportée par un jeune et talentueux négociant de Libourne, tout aussi passionné qu'elle par Petrus, un certain Jean-Pierre Moueix, le fermier du cru. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le vignoble girondin est en triste état et la situation se révèle critique pour le mythique cru. C'est dans une idée toute simple, mais teintée de marketing, que Marie-Louise Loubat trouvera son salut. En surfant sur l'actualité de l'époque, la propriétaire du domaine envoie une caisse de son vin à la jeune princesse Elizabeth, alors l'incarnation de la jeunesse et de la modernité. La princesse tombe-t-elle sous le charme de ce vin suave ? Toujours est-il que le jour de son mariage, le 20 novembre 1947, Petrus est servi à la table des futurs monarques, Et Marie-Louise Loubat d'être de la noce avec sa nièce, Lily Lacoste, à qui elle lèguera sa fortune et la moitié du vignoble à sa mort en 1961. Depuis, ce vin de Pomerol acquiert une stature inattendue : Petrus devient le chouchou des grands de ce monde. Les Kennedy en font certes leur vin préféré ; mais surtout ils le déclarent ans complexe. Tout comme Marylin Monroe ou encore le peintre Francis Bacon, un ami de Jean-Pierre. Ce dernier devient en 1969 l'unique propriétaire de Petrus. Depuis, il n'aura de cesse de parfaire la légende de ce grand vin de l'appellation Pomerol.

Source : Le Revue du Vin de France
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